L’industrie française de la moto possède une longue histoire. Comme l’industrie britannique de la moto, elle est directement issue des ateliers de bicyclettes populaires de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Cependant, contrairement à tous les pays modernes qui ont pris la tête dans ce domaine, c’est ici, en 1868, que Louis-Guillaume Perrault inventa la première moto au monde. Ou plutôt, une « bicyclette à vapeur », car un jour, fatigué de pédaler, Perrault adapta une petite machine à vapeur à son vélo. Il put ainsi parcourir sans effort les 15 kilomètres qui le séparaient de son lieu de travail. Par conséquent, au début du XXe siècle, la France avait déjà une décennie d’avance sur toutes les autres puissances mondiales dans le développement de l’industrie de la moto et exportait ses machines dans le monde entier, notamment au Japon.
Quelles sont les marques françaises de motos
Parmi les marques françaises de motos figurent Peugeot, MBK, Motobecane, Voxan, Rene Gillet, Gnome & Rhone, Barigo Motorcycles, Godier & Genoud et Scorpa. Il s’agit aussi bien d’entreprises anciennes que relativement jeunes.
Le milieu du XXe siècle fut marqué par une crise mondiale de l’industrie de la moto, qui toucha également ce secteur en France. La baisse des prix des voitures et l’avènement de la production de masse entraînèrent l’apparition d’un mode de transport plus confortable. La crise provoqua la fermeture de toutes les marques françaises de motos, incapables de résister à une concurrence aussi forte. Seules Motobécane et Peugeot tentèrent de se maintenir à flot. Cependant, Motobécane cessa ses activités dans les années 1970, laissant le marché libre à Peugeot. Ces dernières années, trois nouvelles entreprises ont tenté de relancer cette tendance, mais n’ont pas réussi à tirer parti de la réussite de Peugeot.
Peugeot
En 1898, dans la ville de Mander, l’entreprise fondée par Armand Peugeot commença à produire des motos. Sa gamme comprend des scooters et les composants nécessaires à la réparation des motos vendues dans le monde entier. Cependant, les scooters devinrent très rentables, ce qui mit un terme à la production de motos jusqu’en 2010, lorsque les Peugeot P2x Roadster et P2x Cafe Racer furent réintroduites dans le catalogue de l’usine. Toutefois, en 2019, les propriétaires décidèrent de vendre la marque à l’entreprise indienne Mahindra, qui fabrique des scooters et des tricycles sur ses sites en France et en Chine.
L’emblème de l’entreprise, le lion, n’est pas seulement reconnu par les passionnés d’automobile. Sa popularité a été renforcée par le film culte « Taxi » de Luc Besson. Au fil des ans, le logo de la marque a évolué tout en conservant systématiquement son concept. Le logo Lion Fil, représentant un lion héraldique rugissant, dressé sur ses pattes arrière et caractérisé par un dessin raffiné et sophistiqué, est resté sur les motos Peugeot jusqu’à la vente de la marque. Il se composait de plusieurs couleurs : argent, bleu et noir, chacune possédant sa propre dimension émotionnelle et sa signification particulière. La couleur argent symbolise l’alliance de l’innovation et de la tradition, reflétant de nombreuses années d’expérience. Le noir exprimait la rigueur et l’autorité de la marque.
MBK
MBK, l’une des principales entreprises françaises de motos, est issue de Motobecane, le plus ancien constructeur français de motos. Ses fondateurs étaient Charles Benoit et Abel Bardin. En 1923, l’entreprise présenta pour la première fois sous sa marque une machine à deux roues équipée d’un groupe motopropulseur. Sept ans plus tard, elle devint le plus important représentant de l’industrie française de la moto et resta un leader mondial du secteur jusqu’aux années 1950. En 1981, année de crise, l’entreprise fit faillite et, trois ans plus tard, elle fut rachetée par le constructeur japonais de motos Yamaha. À cette occasion, le nom de la marque fut abrégé en MBK.
Le nom de l’entreprise combine deux mots, « moto » et « bike ». Le nouveau propriétaire remplaça le logo par trois lettres, encore utilisées aujourd’hui. Visuellement, le signe présente les trois lettres de l’abréviation en bleu vif et en minuscules, dans une police similaire à Shapiro Base Plus. Il est complété par un symbole prenant la forme d’un cercle incliné d’un côté, représentant une roue, et de deux hémisphères inclinés de l’autre côté qui, ensemble, donnent l’impression que le symbole est une représentation schématique du mouvement perpétuel de l’atome.
Voxan
La jeune marque française Voxan s’est fait connaître en 1995. Son fondateur, Jacques Gardette, originaire d’Issoire, souhaitait concrétiser son idée d’une moto originale, au design unique, équipée d’un moteur bicylindre en V. Sodemo Moteurs était responsable du moteur et Alain Chevalier du châssis. L’entreprise s’est principalement concentrée sur la transition vers les moteurs électriques. En 2009, la marque fut vendue à Venturi, entreprise monégasque appartenant à Gildo Pallanca. Venturi Automobiles a poursuivi le développement des motos Voxan dans la même voie, en lançant la première moto électrique Wattman en 2013.
La marque se distingue non seulement par son design et son type de moteur. Son logo est lui aussi original dans sa réalisation et possède un graphisme visuel spectaculaire. Il repose sur le nom même de la marque, Voxan, écrit en lettres minuscules, dont l’élément central est la lettre « X ». Ce symbole est formé par la liaison des lettres « O » et « N », tout en constituant la barre transversale du « A », ce qui en renforce l’impact. Parallèlement, la couleur « arc-en-ciel » en dégradé, allant de l’« indigo mortel » à des nuances de bleu-gris, de pervenche et de lavande, puis revenant au bleu-gris et à l’indigo, produit un puissant effet visuel. Agility Std Heavy a servi de base avant de faire l’objet d’un traitement graphique.
Rene Gillet
Le célèbre constructeur français René Gillet produisit des motos de 1897 à 1957. À l’origine, sa production était implantée à Paris, puis dans la banlieue industrielle de Montrouge, sur les rives de la Seine. Le premier « cheval » à deux roues fut produit en 1902 et, en 1904, le propriétaire déposa son premier brevet. Le succès arriva dans les années 1920 grâce aux commandes de l’État. Cependant, les années de guerre entraînèrent une baisse de la production. L’absence de nouveaux développements réduisit considérablement les ventes. En 1955, Peugeot racheta l’entreprise, qui ferma définitivement cinq ans plus tard.
Le style français de l’époque influença la conception des emblèmes de la marque. La légèreté et la finesse du graphisme des affiches de vaudeville et du Moulin Rouge étaient perceptibles dans le texte. D’un rouge profond, la police légère et florale correspondait à la légèreté et à l’éclat du design de la moto, attirant les amateurs encore davantage que ses caractéristiques. Les deux mots composant le nom de la marque étaient disposés en quinconce, l’un sous l’autre. Ils étaient réunis par un arc qui, dans le prolongement fluide de la jambe de la lettre « t », remontait autour de l’ensemble du texte et se terminait avant le début de la première lettre du second mot. L’arc présentait des épaisseurs variables. Il s’épaississait, puis s’estompait vers son extrémité.
Gnome & Rhone
Presque tous les avions français, et même étrangers, du début du XXe siècle étaient équipés de moteurs Gnome & Rhone, ce qui leur valut une renommée mondiale entre 1914 et 1918. Après la fin des hostilités, les capacités de l’entreprise lui permirent de commencer à produire des motos, élargissant ainsi son activité au marché civil. Cependant, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale imposa de nouveaux développements dans le domaine de l’aviation. L’entreprise travailla pour la Luftwaffe allemande, ce qui entraîna l’arrêt de ses activités sous l’effet des bombardements directs et précis des Alliés. En 1945, ses activités furent interrompues, à l’exception d’une production à petite échelle de motos et de bicyclettes, reprise par Snecma en 1949.
L’emblème de l’entreprise reflétait fidèlement son activité principale. Le cercle, symbolisant le mouvement des pales d’une hélice, dont la partie centrale était occupée par une représentation stylisée d’une cabine d’avion d’où partaient deux hélices, était réalisé en brun clair. Cette couleur symbolisait le bois utilisé à l’époque pour assembler les avions. En contraste, l’espace intérieur libre était noir, symbolisant l’assurance et la détermination dans la poursuite de l’objectif. Plus tard, cette couleur prit une autre signification, devenant associée au développement de la Luftwaffe, dont les uniformes l’arboraient également. À droite de la pale supérieure et à gauche de la pale inférieure se trouvaient des segments ornés de bandes brunes, créant l’illusion de la rotation de l’hélice. Le nom de la marque était disposé de haut en bas, le long des pales. Dans les deux secteurs libres restants, à droite et à gauche de l’hélice, remplis de noir, les premières lettres du nom apparaissaient en rouge, permettant de comparer cette combinaison de couleurs à celles du drapeau de l’Allemagne nazie.
Barigo Motorcycles
Le fondateur de la marque, Patrick Barigo, ancien pilote de moto originaire de Thouars, en France, créa la marque en 1973. Les échecs rencontrés tout au long de sa carrière sportive le poussèrent à concevoir sa propre moto, ce qui le conduisit finalement à la victoire. Sa première initiative fut une tentative de création d’une machine basée sur la Bultaco 250 en 1976. Toutefois, privilégiant le moteur à quatre temps, il modernisa le châssis et devint le premier au monde à créer un tel modèle. Les victoires obtenues par la suite dans des courses de motos accrurent l’intérêt pour la marque. L’année 1986 fut marquée par le lancement de la supermotard Tanagra. Cependant, des difficultés financières freinèrent le développement de l’entreprise. En 1993, il surprit de nouveau le monde en créant deux modèles achetés par la police. Mais en 1997, l’entreprise ferma ses portes.
Le logo Barigo était simple et laconique. Le nom de la marque était inscrit dans les contours du drapeau français, représenté sous la forme d’une flèche stylisée pointant vers l’avant. Le texte était divisé en plusieurs éléments. Toutes les lettres du début du mot « Bari » étaient reliées, tandis que les deux dernières étaient séparées comme pour former le mot anglais « go », ce qui ajoutait une dimension sémantique évoquant le mouvement vers l’avant. Le texte était inscrit dans la partie blanche centrale du drapeau, orientée du bas vers le haut pour symboliser ce mouvement. La couleur de fond des lettres est beige clair, avec des traits blancs stylisés évoquant un vent de face caractéristique d’une grande vitesse.
Godier & Genoud
Pendant 25 ans, de 1970 à 1995, les pilotes français Georges Godier et Alain Genoud modernisèrent des motos Kawasaki et Honda. Ils remplacèrent l’empattement routier par un empattement adapté à la piste. Au cours de cette modernisation, ils utilisèrent un moteur de leur propre conception. Cependant, ces machines n’étaient pas demandées. Les années 1990 constituèrent donc leur dernière tentative de rentabiliser leurs idées. À cette époque, une autre moto routière personnalisée et rapide fut créée, mais avec le même résultat. En 1995, la marque ferma ses portes.
Les propriétaires accordèrent peu d’attention à l’identité visuelle de leur marque. Un emblème fut créé et apposé non seulement sur les motos, mais aussi sur les autocollants de bureau et les enseignes du service de production de l’entreprise. Il s’agissait d’un texte composé de deux mots, les noms de famille des fondateurs. Écrit en majuscules, « Godlier generous » était disposé sur deux lignes, le second mot étant décalé d’un caractère vers la droite par rapport au premier. Le texte ne se distinguait ni par sa complexité ni par une attractivité particulière. Graphiquement, un effet de volume lui était conféré par des ombres à l’aspect mat. Sa simplicité et son caractère laconique sont restés dans la mémoire de ceux qui eurent le temps de découvrir les différents produits de la marque.
Scorpa
Scorpa est l’une des plus jeunes marques françaises de motos, fondée en 1993. La production était implantée autour de la ville d’Alès. Fondée par Marc Teysier et Joel Domergue, l’entreprise développa des motos de trial spécialement conçues pour le sport du même nom, qui consiste à réaliser des figures difficiles et à franchir des obstacles. En 1994, le premier modèle, WORKS 294, fut lancé. Cependant, l’entreprise fut liquidée en raison d’un conflit interne durant l’été 2009. À l’automne, Marc Teissier racheta toutefois la marque et, en 2010, se préparait à lancer plusieurs nouveaux modèles à une nouvelle adresse à Alès, dans le Gard.
La marque était représentée par un emblème figurant un scorpion stylisé prêt à frapper, avec le nom de la marque affiché en dessous. Le texte et le symbole étaient réalisés en noir, couleur de l’avenir et symbole du renoncement au nom de la victoire et de la poursuite effrénée de l’objectif. La police choisie pour cette identité visuelle, Personalization Regular, fut remaniée afin de mieux correspondre à l’esprit de l’entreprise. Toutes les lettres étaient inclinées vers la droite, symbolisant la tension du départ et l’accélération. Les lettres « P » et « P » avaient « perdu une partie de leurs jambes », ce qui faisait fusionner l’ouverture avec l’espace intérieur vide des caractères et créait une représentation stylisée du mouvement à grande vitesse. La lettre « A » prend la forme d’une cale de départ.








