La langue des signes, forme unique de communication, n’utilise pas d’indices auditifs et repose entièrement sur des indices visuels. Les gestes des mains, les expressions faciales et les mouvements du corps offrent un moyen de communication alternatif mais efficace, similaire à la langue parlée. Si l’essence reste la même, les nuances et subtilités de la langue des signes varient considérablement selon les régions.
Par exemple, certaines cultures utilisent principalement une seule main pour communiquer par gestes, tandis que d’autres utilisent les deux mains. La signification des expressions faciales varie également selon les régions. Dans certaines langues des signes, cependant, elle constitue un élément essentiel, renforçant et complétant les messages transmis par les gestes des mains. À l’inverse, dans d’autres, elle peut être utilisée avec parcimonie, voire pas du tout.
L’étiquette en langue des signes ne se limite pas aux signes utilisés. Elle comprend la dynamique spatiale entre les interlocuteurs, notamment la distance à maintenir, le niveau de formalité et la politesse attendue dans la communication.
Il existe environ 130 langues des signes reconnues dans le monde, chacune reflétant les nuances culturelles et linguistiques de la communauté d’origine. Comme les langues parlées, les langues des signes peuvent être classées généalogiquement, en les regroupant en familles et en ensembles spécifiques.
Parmi les nombreuses langues des signes, la langue des signes américaine (ASL) et la langue des signes britannique (BSL) se distinguent grâce aux recherches et à la documentation approfondies qui leur sont consacrées. Aujourd’hui, nous parlerons de l’ASL, qui a joué un rôle essentiel pour combler les lacunes de communication et créer un environnement inclusif pour les Sourds aux États-Unis.
Un bref aperçu de l’histoire
Les langues des signes font depuis longtemps partie intégrante de la communication humaine, leurs origines remontant bien au-delà de leur reconnaissance officielle au XXe siècle. Certains anthropologues et linguistes suggèrent que les gestes des mains ont servi de principal moyen de transmettre des messages et d’exprimer des émotions avant que les cordes vocales ne deviennent des outils sophistiqués permettant de créer des schémas de parole complexes.
Ce n’est qu’au milieu du XXe siècle, grâce à des recherches pionnières menées aux États-Unis, que la richesse et la profondeur de la langue des signes ont été formellement identifiées et appréciées. L’une des figures majeures de ce mouvement fut William Stookey. Linguiste en devenir travaillant au Gallaudet College de Washington, qui forme les personnes sourdes et malentendantes, Stookey a été pionnier dans l’étude approfondie des caractéristiques structurelles des langues des signes.
Son ouvrage, La Structure de la langue des signes, publié en 1960, a marqué un tournant dans ce domaine. Il soulignait la complexité de la grammaire, du vocabulaire et de la syntaxe intégrés aux langues des signes, réfutant ainsi l’idée fausse selon laquelle elles ne seraient qu’un ensemble de gestes rudimentaires. En 1965, Stockey et ses collaborateurs ont publié le Dictionnaire de la langue des signes américaine. Ce dictionnaire complet a apporté clarté et structure, offrant une carte linguistique d’un territoire jusque-là inexploré de la langue des signes américaine (ASL).
Cette phase de recherche et de documentation approfondies a inauguré une époque où les langues des signes n’étaient plus reléguées au second plan. Elles ont gagné en importance dans le milieu universitaire, conduisant à l’émergence d’une nouvelle sous-discipline linguistique consacrée à la compréhension, à la préservation et à la popularisation des langues des signes dans le monde entier. À mesure que davantage de chercheurs se sont immergés dans ce domaine, la compréhension des langues des signes s’est approfondie, soulignant leur rôle non seulement comme moyen de communication pour les Sourds, mais aussi comme riche trésor linguistique reflétant différentes cultures et histoires.
ASL – langue des signes américaine
La langue des signes américaine, abrégée ASL, est la principale langue des personnes sourdes aux États-Unis et au Canada. Ses origines remontent à l’influence de la langue des signes française, introduite en Amérique du Nord au début du XIXe siècle. Une figure clé de cet échange transatlantique fut Laurent Clerc, un éducateur français. Dans les années 1800, Clerc se rendit aux États-Unis à l’invitation du gouvernement pour y établir un établissement d’enseignement destiné aux personnes sourdes et malentendantes. Ses efforts aboutirent à la création de la première école pour élèves sourds dans le Connecticut en 1817. Les schémas linguistiques de la langue des signes française, combinés aux systèmes de signes locaux existants, ont progressivement évolué pour devenir ce que l’on appelle aujourd’hui couramment l’ASL.
D’autre part, un autre système de langue des signes prévaut dans des pays tels que le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, l’Afrique du Sud et l’Irlande. Connue sous le nom de BANZSL, cette famille de langues des signes partage une origine commune distincte de l’ASL. Au fil du temps, les différences régionales et les influences culturelles ont conduit à la formation de langues des signes uniques au sein de la famille BANZSL, comme la langue des signes britannique au Royaume-Uni et l’Auslan australien.
Le développement et la divergence de ces langues des signes mettent en lumière la riche mosaïque des cultures sourdes et des histoires de différents pays. Chaque langue des signes, avec ses gestes, expressions et grammaire uniques, incarne des expériences, des récits et des traditions, ce qui en fait un atout inestimable pour le patrimoine linguistique mondial.
Les langues des signes ne sont pas de simples gestes aléatoires ; ce sont des formes de communication structurées, dotées de leurs propres règles et conventions. Dans la langue des signes américaine (ASL), l’alphabet joue un rôle fondamental, tout comme dans les langues parlées.
« A » – est représenté par un poing fermé, la paume tournée vers l’interlocuteur, les articulations dirigées vers le haut.
« B » – paume ouverte et verticale, le pouce pressé fermement contre l’espace entre l’index et le majeur.
« C » – une paume ouverte avec le pouce légèrement courbé vers l’extérieur, créant une forme semblable à une lettre.
« D » – le pouce doit toucher le majeur, l’annulaire et l’auriculaire, tandis que l’index reste dressé. Le côté du petit doigt fait face au spectateur.
« E » – paume tournée vers l’observateur, doigts à moitié pliés et pouce pressé horizontalement en dessous.
« F » – paume maintenue ouverte et droite, doigts rapprochés, avec le pouce et l’index joints.
« G » – l’index est pointé sur le côté, le reste de la paume faisant face à l’interlocuteur.
« H » – la paume reste fermée, l’index et le majeur étant étendus horizontalement.
« I » – la paume tournée vers le spectateur est serrée en poing, mais le petit doigt est tendu vers le haut.
« J » – est illustré par la même position de la main que pour « I, » mais la paume est inclinée, soulignant la direction du petit doigt.
« K » – ressemble au signe iconique de la Victoire. Cependant, la différence réside dans le fait que le pouce tendu est pressé contre la paume.
« L » – index pointé vers le haut, pouce étendu vers l’extérieur, les autres doigts fermement repliés contre la paume.
« M » – transmis sous la forme d’un poing fermé, le pouce placé entre l’auriculaire et l’annulaire pliés.
« N » – une approche similaire à celle de « M » est utilisée, mais le pouce est placé entre le majeur et l’index pliés.
« O » – les doigts se courbent pour former une boucle, le pouce et l’index se rejoignant, et la paume étant tournée dans la direction opposée au corps.
« P » – l’index pointe vers l’extérieur tout en gardant le bras horizontal, la paume tournée vers le bas.
« Q » – similaire à « P », mais l’index pointe vers le bas, et le reste des doigts est replié vers l’intérieur.
« R » – l’index et le majeur sont entrelacés, pointant vers le haut, et la paume est orientée vers l’interlocuteur.
« S » – est indiqué par un poing fermé, dans lequel le pouce croise le reste des doigts.
« T » – est indiqué par un poing fermé, avec le pouce qui dépasse entre l’index et le majeur.
« U » – indiqué par l’index et le majeur tendus vers le haut. Ces doigts sont serrés l’un contre l’autre, le pouce étant parallèle à l’annulaire plié.
« V » – un geste bien connu, souvent associé à la « Victoire », est utilisé. Ici, l’index et le majeur s’écartent, visualisant la lettre « V. »
« W » – trois doigts sont levés et écartés, à savoir le majeur, l’annulaire et l’index. Fait intéressant, l’auriculaire et le pouce forment une juxtaposition unique.
« X » – est représenté par un poing fermé pointant vers l’avant. Dans ce geste, l’index est plié, et le pouce peut être soit rentré vers l’intérieur, soit pointé vers l’extérieur.
« Y » – la main reste fermée, mais le petit doigt et le pouce sont étendus vers l’extérieur, symbolisant la bifurcation de la lettre « Y. »
« Z » – démontré par le positionnement diagonal de l’annulaire et de l’auriculaire, l’index étant également incliné en diagonale.
Ces gestes ne sont pas aléatoires, mais découlent d’un système cohérent fondé sur la logique et la séquence. Cette spécificité garantit que les utilisateurs de l’ASL peuvent communiquer efficacement sans ambiguïté. La variété des configurations de la main souligne la profondeur et la complexité de la langue, ainsi que son importance comme moyen de communication pour beaucoup.
Nombres
La langue des signes américaine (ASL) offre une approche unique pour représenter les valeurs numériques au moyen de gestes de la main. Une disposition systématique des doigts désigne des nombres précis, permettant une communication efficace et claire en utilisant uniquement les mains.
« 0 » – la configuration ressemble à la forme de la lettre « O », obtenue en pliant tous les doigts vers le pouce.
« 1 » – la simplicité règne. Le seul index est tendu vers le haut, dominant la paume fermée.
« 2 » – l’index et le majeur sont levés vers le haut, se distinguant clairement de leur prédécesseur.
« 3 » – une légère variation est introduite. Le pouce est relevé tandis que l’index et le majeur restent tendus, en contraste avec la paume fermée.
« 4 » – tous les doigts sont largement écartés et tendus, mais l’élément distinctif est le pouce, qui est fermement pressé contre la paume.
« 5 » – toute la main est montrée, avec les cinq doigts tendus, exprimant l’ouverture.
« 6 » à « 9 » partagent un thème commun : tous les doigts sont tendus, mais chaque nombre est indiqué par la manière dont le pouce interagit avec les autres doigts. Pour le nombre « 6 », le pouce touche l’auriculaire ;
« 7 » – tous les doigts tendus, le pouce touche la base de l’annulaire, créant une forme caractéristique.
« 8 » – le pouce se déplace et touche la base du majeur tandis que le reste des doigts demeure tendu, une légère différence par rapport au geste précédent.
« 9 » – exige plus d’habileté. Lorsque tous les doigts sont tendus, le pouce touche la base de l’index, ce qui signifie un de moins qu’un ensemble complet de dix.
« 10 » – un geste unique est utilisé. Avec tous les doigts tendus, le pouce pointe vers le haut, un geste qui rappelle l’approbation ou la reconnaissance.
L’ASL offre une méthode intuitive de communication numérique non verbale grâce à ces configurations de la main. Cette structure apporte de la clarté et souligne la richesse et la profondeur de la langue, répondant à divers besoins de communication.
Langue des signes internationale
Les langues des signes sont aussi diverses et multiformes que les langues parlées, chaque région ou pays ayant souvent son propre système de langue des signes. Cependant, au sein de cette diversité, il existe une langue des signes internationale (souvent appelée langue des signes internationale). À l’instar de l’espéranto parmi les langues parlées, la langue des signes internationale est une langue des signes artificielle.
Bien qu’elle ait été développée pour combler les lacunes de la communication mondiale, son utilisation dans des contextes réels reste relativement limitée. Lors d’événements et de conférences internationaux, les participants créent souvent un système de communication hybride fondé sur les signes. Ce système improvisé repose sur des gestes similaires caractéristiques de différentes langues des signes. Les signes les plus emblématiques, facilement compris et reconnaissables, sont privilégiés.
Deux raisons expliquent cela. Premièrement, l’utilisation de gestes communément compris préserve l’essence du message, garantissant que toutes les personnes présentes comprennent l’information. Deuxièmement, les signes emblématiques, facilement associés à leurs équivalents de la vie réelle, réduisent au minimum le risque de mauvaise interprétation.







































